Télétravail : 3 recettes pour rester visibles, utiles et garder du sens
Équipe Unatti 11 mars 2020
Télétravail : 3 recettes pour rester visibles, utiles et garder du sens

Télétravail :  3 recettes pour rester visibles, utiles et garder du sens

Lors d’une réunion de travail après les grèves de décembre 2019, une DRH d’un grand groupe m’a dit : « il y aura un avant grèves et un après grèves ». Selon elle, désormais, même ceux qui ne souhaitent pas le télétravail s’y sont résolus ou y ont pris goût pour certains.

Le corona virus amplifie cette réalité d’une extension du domaine du travail. Fanny Lederlin, doctorante en philosophie, vient du publier aux Editions PUF "Les dépossédés de l'open space" qui explique comment « le travail à domicile a fait entrer le travail dans notre domicile. Or en le faisant entrer dans notre domicile, il lui ouvre la porte de l’intégralité de nos vies » 1.

Quelques concepts et « recettes » présentés dans notre article sont inspirés du livre "Les dépossédés de l'open space" qui nous a paru tout à fait d’actualité. Cela dit, notre article est loin de présenter la construction philosophique et les concepts du livre en question, dont nous recommandons vraiment la lecture.

En Mars 2019, une protestation nommée 996 ICU 2, par des développeurs informatiques chinois, expliquait comment leur travail (souvent à domicile) consumait le temps de chacun à outrance en sur-travaillant de 9h du matin à 9 h du soir, 6 jours sur 7. ICU est l’acronyme de Intensive Care Unit (Unité de soins intensifs) car cette surcharge de travail mènerait à des risques majeurs pour la santé. Si Jack Ma, le milliardaire chinois fondateur du site de e-commerce Alibaba a dit « je pense personnellement que 996 est une énorme bénédiction » parce que selon lui on n’obtient rien sans travailler plus, 250 000 développeurs ou travailleurs du clic chinois 3 (petits boulots invisibles nés de la digitalisation de la société) ont souhaité alerter sur les risques psycho-sociaux de la sur-digitalisation. Des grands de la tech chinoise, comme le navigateur QQ et WeChat, du groupe Tencent, ont bloqué l’accès à ce site de protestation, ce qui est malheureusement possible en Chine. En Avril 2019, des employés de Microsoft sont venus en soutien de cette campagne 996 ICU et ont relayé le message des Etats-Unis. Mais cette protestation est restée réduite au monde des techniciens informatiques ou de quelques lanceurs d’alertes.

Unatti société experte en mentoring a été fondée pour recréer du lien en entreprise. Nous aidons à la coopération via une technologie unatti.com utilisée comme moyen de mise en relation, pour plus d’échanges entre personnes qui se voient dans le réel quand ils le peuvent ou en visio-conférence si nécessaire, contrairement aux réseaux sociaux, dans un esprit de socialisation. Il y a 7 ans déjà, nous avions perçus les risques de perte de liens sociaux liés aux nouvelles technologies et aux transformations digitales accélérées. Et désormais, le télétravail ou la visio-conférence au bureau, seront plus que jamais notre quotidien.

Ils ont des avantages certains, promus par les défenseurs du bien-être en entreprise. Le gain de temps en transports allers-retours pour aller au bureau ou se rendre à une réunion, le calme nécessaire à la réflexion et au travail intellectuel qui est plus difficile à mettre en œuvre en open-space et la liberté d’organiser son temps de travail pour les indépendants ou de prendre 30 minutes dans la journée pour recevoir le plombier ou de garder ses enfants à la maison, sans en parler à son N+1, tout en réalisant ses 7 à 8 heures de travail par jour.

Depuis longtemps les indépendants connaissent l’usage de la visio-conférence et s’en contentent malheureusement (nous également chez Unatti), pensant gagner du temps. Et aujourd’hui les salariés au chômage technique ou chômage partiel (aussi appelé travail à temps limité) ou les salariés dans des métiers qui permettent l’usage de la visio-conférence, seront appelés à travailler et/ou à vivre à la maison. Le confinement à la chinoise et maintenant à l’italienne !

Le droit du travail aura à s’adapter mais d’ici là (comme avec le droit à la déconnexion qui a la chance d’exister en France), tous les professionnels devront porter une grande attention à ne pas devenir des travailleurs 996. Puis une fois le corona virus terminé, il est certain que le télétravail (comme la visio-conférence exponentielle en entreprise) seront des moyens de « rencontres » devenus seconde nature.

Voici 3 situations à observer pour ne pas être passifs par rapport à ce changement profond :

1.       L’addiction et la désinformation des réseaux sociaux : même si nous pensons être plus visible en communiquant sur des plateformes « personne n’a voulu que consumions notre temps sur notre boite mail ou sur Facebook, Instagram, You Tube, ou Twitter… »4, l’addiction se fait insidieusement. On ne se déconnecte pas pour toujours être informés, avoir la possibilité de choisir parmi une multitude d’option qui se présentent à nous, tout cela par peur du Fear of missing out FOMO5, « anxiété sociale caractérisée par la peur constante de manquer une nouvelle importante ou un autre événement quelconque donnant une occasion d'interagir socialement »6, et parce que ces réseaux ont su nous connecter à ceux avec lesquels nous ne communiquions jamais ou peu et parfois, relayer des informations majeures.

La recette Unatti, la fantaisie créative : s’obliger à éteindre son téléphone, ses écrans après les heures de bureau, en profiter pour passer du temps en famille, entre amis (si l’on n’est pas confiné), du temps à lire, écrire, peindre, cuisiner, méditer ou se poser sans rien faire, rattraper notre sommeil manquant. Toutes ces activités ou repos sont connus pour recharger nos batteries.

 

2.       L’invisibilité et la désocialisation graduelle des salariés : plus de moment social à la machine à café, à la cantine et moins de réunions. Youpi ! pour certains. Et pourtant, ces réunions et ces déjeuners, nous sortent de nos bureaux pour échanger avec d’autres dans le réel.

En visio-conférence on échange avec d’autres, mais tout est virtuel et cet échange est beaucoup moins énergisant (sauf pour les introvertis) et la relation entre les personnes au sein d’une équipe ne peut pas être perçue et ressentie comme dans le réel. Les émotions de chacun, les attitudes physiques, les réactions, tout cela disparait.

Et aux Etats-Unis ou la visio-conférence existe depuis longtemps, les salariés souvent ne se montrent plus, ils utilisent la visio-conférence pour partager des documents et s’écouter, mais pas pour laisser entrer le travail dans la vie privée, ce qui est tout à fait réjouissant. Mais ainsi, le travail a perdu « sa fonction socialisatrice »7 en nous coupant des autres professionnels, avec le risque de devenir invisible.

La recette Unatti : ne vous faites pas oublier, rendez-vous visibles. Si vous pouvez voir vos collègues, voyez-les (avec 1 mètre de distance pendant la crise sanitaire), quittez votre bureau plutôt que d’envoyer un chat ou un email et soyez dans le réel. C’est le moment d’informer GenY et GenZ de ceci, d’une prise de conscience.

Si vous êtes confinés à la maison, en télétravail, organisez des conversations informelles ou du mentoring via une plateforme, comme unatti.com quand elle sera proposée par votre entreprise, pour échanger, partager, vous développer personnellement/ professionnellement ou socialiser avec des personnes que vous n’avez pas l’occasion de voir ou de contacter habituellement.

Organisez aussi des visio-conférences à plusieurs ou à deux avec des membres de votre équipe en dehors de réunions dites de travail. Il s’agit aussi de trouver du temps pour de l’écoute, pour socialiser en mode « flâner »8, connaître les potins, s’éveiller à autre chose que le travail, comme à la machine à café et dans le fond être plus ouvert au monde et plus créatif.

 

3.       Le remplacement de notre travail par l’IA : comme toute crise, de nombreuses entreprises (pas toutes, fort heureusement) accéléreront le rythme des licenciements et saisiront l’opportunité, en raison de leur ADN d’entreprise pour l’économie de marché, de propager « la société computationnelle, devenant automatique, téléguidée et télécommandée »9. Ceci risque d’entrainer la perte de revenus pour les indépendants, le risque de chômage voire de liquidation des PME et plus de « plans de départs volontaires » dans les grands groupes. L’AI et les algorithmes ont déjà pris la place des traders dans les salles de marchés, notre présence en ligne 996 alimentera cet IA et qui sait le virus sera aussi peut-être un laboratoire d’expérimentation de réduction des coûts. Voulons-nous comme les transhumanistes que notre corps soit augmenté par les nouvelles technologies et jusqu’à quel point ?

N’oublions pas les alertes de grands physiciens comme Stephen Hawking « les humains limités par leur lente évolution biologique ne pourront rivaliser face à la machine »10. L’économie ne peut continuer à croitre avec tous à la maison, ou tous remplacés par des machines. L’effondrement des bourses risque de nous le montrer.

C’est un moment politique qui n’est pas du ressort de l’entreprise, mais aussi un moment économique pour repenser et confronter un système qui n’est plus adapté à notre espèce.

La recette Unatti : dès que possible, se réunir dans le réel, se voir (après le temps du confinement en visio) et devenir acteurs du changement. Collaborer avec l’entreprise pour repenser la gouvernance du travail à l’ère du digital et déjà oui à l’ère de l’IA.

Travailler et consommer mieux est une chance pour la planète et c’est donc aussi l’opportunité pour les dirigeants d’entreprises de réfléchir à l’impact de l’IA éthiquement et économiquement et de réunir les salariés pour expérimenter et trouver des moyens de sortir des emplois précaires et du tout digital, si possible 50% du temps dans la journée. Ainsi, aider chacun à ré-augmenter ses capacités neuronales (hors de la machine)11 tout en captant ce qui peut être utile de l’IA et du digital.

 

Article inspiré de :

 

Cet article, pour ces concepts philosophiques et sociétaux est en grande partie inspiré du livre de Fanny Lederlin, "Les dépossédés de l'open space", Paris, PUF, 2020. (Références 1,4, 6,7, 8, 9).

Merci Fanny !

 

Autres sources :

996 ICU : https://www.bbc.com/worklife/article/20190718-china-996 2

Travailleurs du clic : https://www.capital.fr/lifestyle/les-travailleurs-du-clic-petites-mains-invisibles-de-leconomie-numerique-1342611 3

Inventeur du FOMO : inc.com/inventor-of-fomo5

Définition FOMO :https://en.wikipedia.org/wiki/Fear_of_missing_out 6

Citation de Stephen Hawkings et ré-augmenter ses capacités neuronales : https://www.pourlascience.fr/sd/science-societe/limposture-du-transhumanisme-13364.php 10 & 11

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